LE RÉGIME ALIMENTAIRE DES CAMEROUNAIS

📅 December 29, 2020

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Un régime alimentaire est l’action ou la manière de s’alimenter concrètement il renvoie à la consommation consciente de nourriture et de boisson. Omnivorisme, végétarisme, végétalisme, amaigrissant est une liste peu exhaustive des régimes alimentaires que connaît le monde actuel. Le bien-fondé d’un régime alimentaire est de permettre aux individus de couvrir leurs besoins énergétiques, de leur fournir des aliments variés, de bonne qualité nutritionnelle pouvant être consommés sans risque. Il n’existe pas de régime alimentaire «idéal» qui soit universel, les régimes alimentaires sont souvent adaptés aux cultures et aux contextes locaux.

🇨🇲 Étant l’Afrique en miniature, le Cameroun regroupe plusieurs types de cultures en fonction de son climat. Mais cela donne-t-il aux Camerounais, le droit de bien se nourrir ? Ou alors le droit d’avoir un régime alimentaire particulier ?

Comment déterminer un régime alimentaire ? 🤔

Les régimes alimentaires se basent sur plusieurs facteurs qui vont de la zone géographique, du statut social, des cultures ainsi que sur l’âge et la santé.

La zone géographique 🌍

Le Cameroun, souvent présenté comme l’Afrique en miniature, bénéficie d’une grande diversité agro‐écologique. Cela lui permet de produire une gamme très variée de denrées agricoles. Ce qui y concourt est son climat et la qualité des alluvions présents dans son sol. Les productions agricoles s’organisent selon cinq zones agro‐écologiques:

Le sud forestier (les forêts du Centre et de l’Est, et la forêt dense et humide du Sud et de l’Est) est propice à la culture du cacao, du café, du palmier à l'huile, du manioc, du maïs et de la banane.

Les basses terres côtières (Littoral et du Sud‐Ouest, de la partie côtière du Sud) sont consacrées à la production industrielle de l’huile de palme, de la banane, de l’hévéa, du cacao et du café. Mais il y a aussi une petite agriculture de subsistance avec notamment du manioc, de l’igname, du macabo et du maïs.

Les hauts plateaux de l’Ouest (des régions de l’Ouest et du Nord‐Ouest) considérés comme le grenier du pays. On y pratique des cultures comme le cacao, le café, le maïs, le haricot, la pomme de terre et les cultures maraîchères.

La zone des Hautes Savanes (l’Adamaoua, de la zone de savane du Centre et de l’Est) elle produit du maïs, du mil‐sorgho, de l’igname, des pommes de terre et du coton.

Le nord soudano sahélien (du Nord et l’Extrême‐Nord) est propice à l’élevage des bovins et à la culture du coton, de l’oignon, du mil‐sorgho, du maïs et de l’arachide, du sésame et du riz (produit en petite quantité).

Statut social

L’appartenance à une zone géographique déterminée donne à chaque ethnie, tribu ou individu une prédisposition à adopter un certain régime alimentaire. Le statut social dont il est question porte sur le distinguo entre les classes pauvres, moyennes et nanties. Il va assurément sans dire que l’adoption d’un régime alimentaire dépend aussi de ce facteur. Les personnes dont le revenu est faible n’ont pas les moyens financiers suffisants pour combler leurs besoins nutritionnels. Un bon revenu financier peut faciliter l’accès à des aliments plus variés et plus riches en nutriments.

En général, il faut débourser plus d’argent pour se nourrir plus sainement. Les hausses de prix des aliments touchent plus durement les pauvres puisqu’ils consacrent une plus grande partie de leur budget aux dépenses alimentaires. L’augmentation du prix des denrées alimentaires tend à réduire la quantité et la qualité des aliments consommés au sein des ménages pauvres. Au Cameroun, les régimes alimentaires sont changeants et dégressifs dans une période d’un mois pour les classes moyennes mais on retrouve une certaine constance au niveau des classes pauvres et nanties.

Croyances culturelles et religieuses

Les cultures du monde ainsi qu’au Cameroun transmettent leurs valeurs, leurs croyances et leurs coutumes dans leurs choix alimentaires. Les types d’aliments qui composent le régime alimentaire d’une population, d’une ethnie ou d’une tribu sont des éléments porteurs de traditions, ils incarnent les valeurs de chaque culture.

La plupart des tribus au Cameroun ont des coutumes et des tabous alimentaires, qui représentent leur identité collective et leur bien-être. L’interdiction aux femmes de manger le gésier du poulet, ou une femme enceinte de manger des œufs, aux Mbamois de manger la tortue, etc….sont quelques-uns des tabous alimentaires rencontrés.

Il en est de même pour certaines congrégations de nouvelles églises dites « réveillées » qui prônent le végétarisme. Ils relèguent la viande au rang d’aliment « impur », le rejet de la consommation de la viande de porc, de cochon prend pour prétexte le verset biblique tiré de l’évangile Saint Mathieu 8 : 31-32 et l’interdiction aux musulmans de manger la viande rouge tirée du Coran.

L’âge et la santé

En fonction de l’âge, le régime alimentaire est différent que ce soit pour un bébé, un adolescent, un adulte ou une personne âgée. A certaines étapes, chaque groupe a besoin d’apports alimentaires différents. L’alimentation de l’adolescent/adolescente doit être variée et équilibrée, avec un accent particulier sur les aliments qui favorisent la croissance, les fruits et légumes et aliments riches en fer.

La personne adulte court le risque d’ostéoporose (fragilisation des os) à cause de la tendance à réduire les apports en calcium qui lui sont fournis par l’alimentation ; elle doit consommer des aliments riches en calcium (lait, poisson fumé, sardine, feuilles vertes, soja) et en magnésium (écrevisse, banane, pastèque, haricot blanc, riz complet, céréales).

L’alimentation des personnes âgées doit être variée pour éviter tout déséquilibre. On retrouvera dans leur régime des agrumes (orange, pamplemousse), du poisson (maquereau, carpe), des fibres alimentaires (nkem, zom), du pain complet et d’aliments riches en oméga 3 (l’avocat et l’huile d’olive). Pour les malades, un régime pauvre en sel est adéquat pour baisser la pression artérielle, on supprimera les aliments riches en sel (conserves, pain salé, charcuterie, bouillons cubes, arômes).

Qu’est-ce qu’un régime alimentaire 'sain' ? 🤔

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) nous donne les caractéristiques d’un régime alimentaire sain. Nous avons premièrement, la qualité, les régimes alimentaires sains apportent la macro et les micronutriments nécessaires. Il faut donc éviter des aliments contenant des additifs non identifiés ou nocifs pour la santé. De même, il faut éviter de traiter les aliments de manière à éliminer les facteurs nutritionnels et essentiels.

Deuxièmement nous avons la quantité, les régimes sains assurent un apport en énergie suffisant pour la vie de l’organisme pour permettre l’activité physique, garantir et maintenir un poids corporel compatible avec une bonne santé. Ensuite la diversité, les régimes alimentaires sains présentent une gamme d’aliments riches en nutriments, appartenant aux grands groupes d’aliments: légumes, fruits, céréales complètes, produits laitiers, et aliments d’origine animale ou d’origine végétale riches en protéines. Et enfin la sécurité des aliments, les régimes alimentaires sains se composent d’aliments et de boissons que l’on peut consommer sans danger.

Quels sont les grands types de régimes alimentaires des camerounais ? 🇨🇲

Le régime alimentaire renvoie à une habitude, une récurrence dans la pratique alimentaire. D’après une mini-enquête faite sur une période de dix (10) jours sur une population « ciblée » dispersée dans plusieurs zones. Nous avons pu déterminer les régimes alimentaires suivants :

Régime imposé par le contexte social et environnemental

L’omnivorisme est le régime le plus pratiqué et le moins strict que connaît le monde y compris le Cameroun. Un omnivore mange de tout et ne se prive de rien. En fonction de son statut social et de son revenu mensuel, il ne se prive de rien et consomme tout ce qui est à sa portée. Ce régime alimentaire est parfois drastique pour les personnes démunies dont la situation est précaire. Ces personnes ont une alimentation où les céréales (couscous maïs et couscous farine) tiennent une large place, avec des apports insuffisants en aliments d’origine animale (poisson, viande rouge ou viande blanche), en fruits et en légumes. Ici c’est la quantité qui importe et non la qualité. L’apport principal en protéine se fait par des aliments d’origine végétale (le haricot).Pour les personnes un peu moins démunies et celles nanties.

Pour eux, la qualité prime sur la quantité. Les menus à table sont presque complets et variés. Ce régime ne se limite pas seulement à la consommation de nos produits locaux frais mais aussi des produits importés tels que les conserves, les produits empaquetés, des apéritifs et céréales. Entre les repas, certains individus grignotent des aliments riches en acides gras et sucres lents (caramel, croquettes, chocolat, biscuits, les jus manufacturés) mais d’autres consomment plutôt des fruits et légumes ainsi que les jus naturel fait sans ajout de sucre pour éviter la surcharge pondérale ou des maladies.

Le régime sans sel pour les personnes souffrant de maladies telles que le diabète, les maladies cardiovasculaires, l’hypertension et les œdèmes mais aussi l’obésité. L’OMS recommande de consommer moins de 5g de sel par jour pour un adulte. Dans la pratique, il ne faut pas saler les aliments ni à table ni durant leur préparation. Il faut aussi éviter un grand nombre d’aliments et de légumes contenant plus de sodium. Un régime pauvre en sel, cherche surtout à diminuer la quantité d’eau stockée par l’organisme pour réduire la tension artérielle et résorber les œdèmes.

Le régime choisi en fonction de son besoin de bien-être et son idéologie

Le végétarisme (qui consiste à ne pas manger de viande ou de poisson), le semi-végétarisme (qui consiste à manger de tout, sauf de la viande rouge), Le végétalisme (qui consiste à ne pas consommer du tout des produits animaliers : viande, poisson, œuf, miel, lait) sont plus retrouvés chez des personnes assez nanties qui peuvent se permettre de consommer les aliments de premières qualités. Avec ces régimes, la consommation des légumes (carotte, poivron, haricot vert, salade, laitue, choux) et des fibres alimentaires (folong, zom, okok), des tubercules à faible densité (les pommes de terre) ainsi que des fruits de saison est à leur apogée. Cette tendance est un signe d’appartenance à une communauté alimentaire. Ces régimes sont le plus souvent le socle des régimes alimentaires portés sur la religion. Les intolérances alimentaires donnent à des individus d’avoir des régimes particuliers par exemple un accent peut être mis sur le régime ovo-végétarien pour les individus ayant une intolérance au lactose.

Le régime amaigrissant, ce régime est plus souvent retrouvé chez les femmes qui viennent d’accoucher, les obèses. Le but de ce dernier est de permettre de perdre la surcharge pondérale. Ce genre de régime met un accent sur la consommation de moins de calories (régime hypocalorique) mais plus de protéines (régime hyper protéiné). La plupart des femmes ainsi que certains hommes axent leur régime amaigrissant sur la perte du ventre. Malgré le fait que la perte de graisse n’est pas localisée, beaucoup d’individus optent pour ce régime, elles privilégient plus la prise des médicaments que l’activité physique pour pallier leur problème de prise de poids au niveau du ventre. Certains individus dits “obèses” font des régimes stricts pour pouvoir perdre des kilos. Il en résulte de nombreux troubles alimentaires.

L’évolution des régimes alimentaires au Cameroun

Dans les zones rurales

Dans les zones rurales, on consomme les céréales sous toutes ses formes. L’accès aux aliments plus nutritifs est limité soit par la distance du lieu de vente soit par le manque de moyens financiers. Dans nos villages, les habitants consomment la culture du moment (nkem, folong, escargot, épinard etc..). Il en est de même pour les fruits qui abondent dans les différents marchés ruraux. Ce sont des produits frais directement consommés.

Avec la modernisation on retrouve dans les points de vente, des produits alimentaires de base (l’huile de cuisine et le sucre) et des aliments conditionnés (sardine, pâtes, lait EEen boîte, biscuits et friandises et divers en-cas). Les produits alimentaires auxquels les gens ont accès sont généralement abordables et facilitent leur épanouissement nutritif. Néanmoins, la surveillance de la qualité et de la sécurité sanitaire de ces produits alimentaires est le plus souvent inexistante.

Dans les zones urbaines

En zone urbaine, le régime alimentaire est plus diversifié et abordable. L’environnement alimentaire offre un éventail plus large de «points d’entrée des aliments». Les gens peuvent encore accéder aux marchés traditionnels de produits frais mais ils ont aussi à disposition des supermarchés qui proposent une vaste gamme de produits transformés, conditionnés ou frais, tout au long de l’année. L’urbanisation s’accompagne de l’essor des aliments vendus sur la voie publique qui constituent une autre option alimentaire. Les gens tendent à avoir accès à des produits alimentaires diversifiés, garantissant des apports suffisants en calories et en protéines. On observe également une progression de la consommation de produits d’origine animale, qui constituent une source de protéines mais également de matières grasses saturées.

Apports nutritionnels de nos aliments et retombées sanitaires

Selon l’OMS, le nombre de calories par jour pour un individu sain est de 2000 – 2500 calories pour un homme non actif et de 1550 – 2000 calories pour une femme non active. Il est évident qu’il faut y inclure une activité physique. Avec la diversité de cultures que connaît le Cameroun, les régimes alimentaires sont le plus souvent basés sur la quantité et peu sur la qualité des aliments.

L’énergie qu’utilise notre corps se fait par oxydation des glucides, lipides et superficiellement les protides par conséquent 1 gr de glucide libère 4 calories, ensuite 1gr de lipide libère 9 calories et enfin 1gr de protide libère 4 calories. Avec les différents menus ci-après:

Menu 1 (Petit déjeuner Pain + œuf frit Plat principal : Couscous maïs ou de farine + gombo frais + viande bœuf). Menu 2 ( Petit déjeuner : Beignet + haricot + bouillie Plat principal : Riz + sauce d’arachide + poisson fumé). Menu 3 (Petit déjeuner Pain + purée d’avocat Plat principal: Folong sauté + tubercule). Menu 4 (Petit déjeuner Pain beurre + chocolat +lait Plat principal: Poulet DG).

Les calories avoisinent les 2700 calories. C’est largement au-dessus de ce qui est prévu pour le bon fonctionnement d’un individu. Ces consommations ne prennent pas en compte la consommation des fruits et légumes de saison (ananas, pastèque, orange, papaye) ainsi que les boissons sans compter l’équivalence de calories qu’ils ingurgitent lors des grignotages entre les repas.

Avec la consommation de ces différents menus, on se retrouve avec un trop plein d’aliments de la même famille et d’autre part à la quasi absence des aliments nutritifs pour le bon fonctionnement de notre corps. Et cela donne des troubles alimentaires tels la malnutrition, la sous nutrition, l’obésité ou alors la famine elle-même. La mauvaise manière de s’alimenter donne lieu à des maladies telles que le béribéri, la kwashiorkor et des carences en vitamines et sels minéraux.

Quel aliment favoriser pour avoir un régime alimentaire durable ?

Les régimes alimentaires durables sont des régimes alimentaires qui ont un faible impact sur l’environnement et qui contribuent à la sécurité alimentaire et nutritionnelle ainsi qu’à une vie saine pour les générations présentes et futures. Les régimes alimentaires durables contribuent à la protection et au respect de la biodiversité et des écosystèmes.

Ils sont culturellement acceptables, accessibles, économiquement équitables et financièrement abordables; ils sont adéquats sur le plan nutritionnel, sans risque et sains; et ils permettent d’optimiser les ressources naturelles et humaines Pour avoir un régime alimentaire durable, il faut : Augmenter la consommation de fruits, légumes, légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes (maïs non transformé, riz brun). Consommer les aliments d’origine animale (produits laitiers, viande, œufs, poisson, mollusques et crustacés, etc.) avec modération et limiter la consommation de viandes transformées.

Réduire l’apport en sucres raffinés ajoutés aux aliments et aux boissons par le fabricant et en sucres concentrés naturellement présents dans le miel, les boissons aux fruits et les concentrés de jus de fruit. Préférer les graisses insaturées (que l’on trouve par exemple dans le poisson, l’avocat et les fruits à coque) et les huiles végétales (olive). Et réduire les graisses saturées (que l’on trouve par exemple dans la viande grasse, le beurre, l’huile de palme et de coco).

Que ce soit l’omnivorisme, le végétarisme, le régime sans sel, l’important dans un régime alimentaire est de chercher un équilibre alimentaire entre les différents types de groupes d’aliments (glucides, lipides, protides).

Article écrit par Hermine Joelle