ALIMENTATION AU CAMEROUN : L'ÉQUIPE TYPE

📅 January 30, 2021

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J’aime mon pays le Cameroun. Savez-vous pourquoi ? Le Cameroun est riche. Riche par sa diversité culturelle, ses ressources naturelles mais aussi et surtout par la diversité de son alimentation.

Pour moi il existe deux termes qui définissent au mieux mon cher et beau pays ; le football et la nourriture. Ces deux-là mettent tout le monde d’accord. Au pays de Samuel Eto’o, Roger Milla, Rigobert Song et j’en passe, on mange bien. A l’instar de ces stars de football, l’alimentation au Cameroun a ses stars et beaucoup de stars qui plus est. Nous allons dans cet article faire un tour d’horizon de quelques stars de l’alimentation au Cameroun.

8 heures.

C’est l’heure du petit-déjeuner. Un tour au BHB du quartier s’impose. Au BHB, eh bien on consomme sa ration de BHB, entendez Beignets Haricots Bouillie. Le trio magique. Et chacun y va de sa combinaison gagnante. Celle-ci dépend bien entendu de sa bourse. 100-50-50 représenterait ainsi un plat de beignets de 100 francs, haricots de 50 francs et bouillie de 50 francs. En général, les combinaisons du BHB ne vont pas au-delà de 300 francs. Et pour ceux dont la “ration” de petit-déjeuner s’élève à 500 francs minimum, le café du coin est plus indiqué pour ce repas.

Tout quartier qui se respecte a son Moussa ou son Abdoulaye. Il s’agit de ces cafés-restaurants presque toujours tenus par des musulmans généralement originaires du Mali ou du Niger. Ici vous entendrez à coup sûr ce type de commande : “deux œufs spaghetti de 100, mayonnaise de 50 une tasse d’Ovaltine, pain de 100. Ou encore, “demi-plat de purée avec spaghettis et lait, 1 pain”. Dans mon pays, on prend des repas variés.

Il est midi.

Faites un tour dans une rue du Cameroun et vous êtes littéralement assailli par la diversité des odeurs émanant des cuisines. Pas besoin d’avoir le nez fin, ça vient de partout. Vos narines en auront pour toutes les odeurs. D’un côté c’est le doux parfum d’un mélange d’oignons et d'écrevisses dans de l’huile raffinée pour égayer une marmite de ndolè encore chauffante, plat qui sera accompagné de bâtons de manioc appelé miondos dont l’épluchage après cuisson n’a jamais découragé personne. Autre fenêtre. Autre odeur. Celle-là on la reconnaîtrait entre toutes : le fond brûlé d’une marmite de pommes pilées ; cette tarte de pommes de terre à l’huile de palme saupoudrée de grains de haricot noir a vraiment la côte quand elle a passé la nuit.

L’huile de palme, on la retrouvera ailleurs, dans un plat de sauce jaune accompagné de taro pilé. Oui, au Cameroun on aime manger bio. L’huile extraite des noix de palme de chez nous est consommée non raffinée ni préchauffée. Que serait le “ka’ti ka’ti” sans elle ? Ce plat de légumes verts trempés dans de l’huile de palme accompagné de couscous de maïs. Ou encore le koki ? Un plat de eru sans huile de palme ? C’est comme un désert sans soleil. Et n’allez pas croire qu’à midi toutes les familles passent sagement à table. Tables joliment dressées avec couvert, s’entend. Les tourne-dos servent de salle à manger pour tous ceux qui à priori ne peuvent se payer ce luxe, non seulement du fait de leur emploi du temps, mais surtout du fait de leur portefeuille. Et des tourne-dos il y en a partout. Leur environnement désuet et pas très salubre semble décupler l’appétit de ceux qui les fréquentent.

Au Cameroun, on prend aussi le goûter.

Oui ce casse-croûte qui se prend en soirée avant le souper. Connaissez-vous le bâton de manioc aimanté ? Tel un aimant qui attrape des pièces de monnaie, le bâton de manioc posé à proximité d’arachides grillées portant encore leur peau, a cet effet magique: il attire les grains à lui. Et la réaction produite par le goût légèrement acide du bâton de manioc et le croquant des arachides sur les papilles est un véritable délice. Un chimiotactisme positif renversant entre ces deux-là.

Vous avez parlé de fast food ?

La maman du coin de la rue vous attend avec ses prunes et ses plantains semi mûrs braisés sur du charbon disposé dans une jante de roue. N’essayez surtout pas ça chez vous. Ça n’aura jamais le même goût. Sinon vous pouvez toujours opter pour du poisson ou du porc braisé accompagné de bâtons de manioc ou de frites de plantain non mûr.

Ces barbecues géants peuvent occuper toute l’étendue d’une rue en général généreusement garnie de bars diffusant une musique assourdissante. Oui au Cameroun on aime manger en communauté et en plein air. Et surtout avec de la bière qui coule à flot.

Le dessert ?

En fait, c'est cette bouteille de bière qui, la plupart du temps (et surtout quand on est de bonne humeur ou que l’on fête un événement), est la boisson idéale pour clore et aider à digérer nos repas.

N’allez surtout pas croire que l’on ne consomme pas de fruits dans mon pays. Papaye, ananas, pastèque on en trouve partout. Avec 100 francs vous avez quelques tranches servies sur le bord de la route. Dans son pousse-pousse le vendeur a pris le soin de laver ses fruits et les découper en tranches qu’il expose emballées dans du papier plastique transparent. Une tête de papaye de 5cm de diamètre qui coûterait normalement 300 francs pourrait donner au découpage 5 paquets de 100 francs chacun. Dans mon pays, l'alimentation est source de revenu.

Je m’en voudrais si je terminais cet article sans parler d’une légende parmi les stars. Le tapioca. On l’appelle chez moi “le sauveur'' car elle en aura sauvé des centaines de milliers de la famine cette fécule de racines de manioc séchée et grillée dans de l’huile de palme. D’une générosité incomparable, elle se dédouble lorsqu’elle entre en contact avec de l’eau, de préférence glacée. Avec comme seul ingrédient du sucre (et des arachides grillées éventuellement), le tapioca peut être pris à tout moment de la journée pour calmer sa faim.

Une pièce de 100 francs est juste assez pour être sauvé. Au Cameroun on peut mourir de tout sauf de faim.

Article rédigé par Carmen Gloria de Francesca